Kamikaz : force de frappe du hip-hop

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Par Bello Marka Publié le 31/01/2013
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Lieu : CCFN (Centre Culturel Franco-Nigérien) de Zinder. Date : samedi 26 janvier. Temps : 21 heures passées de quelques minutes. Atmosphère ? La salle est pleine. L’ambiance est aux yah et yo. À voir les casquettes X et les foulards à l’Arafat, les grosses chaînes au cou, les pantalons Lee ou 50 cent abaissés au niveau des grosses ceintures Lacoste, aux pieds des Baskets Nike, on devine quel genre de spectacle sera servi. Les lumières s’éteignent. Les projos s’allument. Le DJ balance le son. Une rumeur monte. Le public se lève. Kamikaz, Kaz Liman, la grande vedette du rap nigérien, sous le plébiscite de ses fans, monte sur la scène.

   L’homme, Kadr Ali, est né à Niamey le 10 mai 1980. Kamikaz, l’artiste, est sorti de l’homme alors qu’il est encore tout jeune. En écoutant le rap, comme d’autres jeunes de son âge, il s’est senti appartenir au mouvement hip hop. En 1997, Kamikaz compte déjà un son.

   Depuis, c’est pour cet artiste devenu auteur, compositeur et interprète, une carrière jonchée de satisfactions, dont la toute première est celle de la réponse positive du public.

   Satisfaction tirée aussi de ses voyages effectués au Burkina où ses sons sont enregistrés, et ceux effectués en France qui l’édifient : “ On voit les artistes français sortir individuellement des albums mais ce sont des gens qui travaillent ensemble, et c’est pourquoi le hip hop français avance. Cela m’a vraiment marqué  ” scande Kamikaz.                                                          

   Comme dans la vie les problèmes ne manquent pas, dans le rap, aussi, ils sont multiples. “ Les rappeurs vous parleront de manque de soutien, de manque de studio de qualité, de manque d’arrangeur  ”, souligne-t-il. Et il poursuit : “ Avant, même si tu sors du néant, si tu sors un son, t’arriveras à te faire écouter. Et aujourd’hui “ sai wane da wane* ” . C’est dommage. Et c’est comme ça partout au Niger  ”.

   L’artiste a enregistré trois albums. Le 1er , Masha Allah sorti en 2003 où il  parle de l’assassinat de Baré Maïnassara et de la bavure policière du 08 février.  Dans le 2ème  album, Salam, sorti en 2005, il touche au changement de mentalité nécessaire chez nous. Dans le 3ème album Ir ma ba kerei, sorti en 2008, un son fait le bilan de notre démocratie.

   Et pour le 4ème  album, son vernissage officiel est attendu dans le courant du mois de mai au CCFN de Zinder, à titre de remerciement à l’endroit de cette ville qui n’a jamais chomé. Son message s’inscrit dans la continuité de l’engagement de Kamikaz. “ Arrêtons d’attendre tout de l’État. Comprenons que nous pouvons faire des choses pour tous. Cela ne nous coûte rien de prendre un balai et sortir balayer notre porte  ”. Et, chose sûre, cet artiste qui sait qu’il a des fans de tous les âges, va satisfaire aux goûts de chacun.

   Aujourd’hui que le mouvement hip hop connaît des avancées où en est le nôtre ? “ Le Niger occupait la quatrième place mondiale. Il a chuté  ”, reconnaît Kamikaz. Mais à qui la faute ?  “  Je ne dis pas que les rappeurs n’ont pas leur part de responsabilité dans cette débâcle. Le public et le peuple nigérien de manière générale a sa part de responsabilité ”, répond-il. Sans être fataliste, il ajoute :  “ Ensemble, on peut rehausser l’image du hip hop, avec le travail, l’engagement, la qualité, et l’image que le rappeur donne de lui. Il faut changer les mentalités pour changer les comportements ”. Abondant dans le même sens, il poursuit : “ Au Niger, tout un chacun est un petit roi chez lui. Tant que les gens ne déposeront pas ces couronnes, on aura du mal à avancer. C’est triste de le dire, mais c’est comme ça ”.

   Concernant ses relations avec les autres rappeurs il affirme, tout détendu : “ Moi, en toute sincérité je n’ai de problème avec personne. Tout ce qui est à faire, à parfaire, je me tue à le faire. En tant qu’animateur radio, je fais la promo du hip hop nigérien. J’ai aidé des artistes en leur écrivant des textes, en leur composant des sons carrément  ”.

   L’homme a aussi le souci de la condition de l’artiste nigérien. “ Quand je vois l’artiste nigérien qui vit mal de son art, dit-il avec une voix posée mais grave, sincèrement ça me fait mal. Et ça me fait peur. Ça me fait mal quand je regarde ce qu’il traverse. Je connais cet envers des choses où quand ça ne va pas, ça ne va pas. Ce qui fait qu’il y a des artistes talentueux qui, à des moments, sont réduits à être des mendiants, c’est triste. Quand on voit dans les bars, des artistes, les plus grands, qui viennent quémander une bière, des personnes que tu as admiré dans ton enfance, qui t’ont fait danser, bouger, rêver…Quand tu vois les artistes qui nous ont précédés, comment ils finissent, ça fait mal. Ça fait mal et ça fait peur ”. Tout en serrant jusqu’à le froisser le papier qu’il tient dans sa main droite, il reprend avec une voix nouée par l’émotion : “  La peur, c’est cette question que je n’arrête pas de me poser :“ Je vais aussi mourir comme ca ? Donc, avant de mourir, qu’est-ce que je peux faire pour mes frères pour qu’ils arrêtent de mourir comme ça ?  Sani Aboussa est parti. Quand il est parti, c’est comme si de rien n’était. Moussa Poussy, Ali Djibo…. C’est comme si un chat est mort. C’est triste. Ils méritent mieux que ça  ”.

   Mais, Kamikaz, l’engagé, Kamikaz, le combattant, Kamikaz, le positif, au delà de cette injustice, reprend, triomphant : “ Et ce qui me donne de l’espoir, c’est quand on voit un grand frère comme Danke Danke qui n’arrête pas de parcourir le monde. Un Kaidan Gaskiya, dans une organisation africaine, ça fait plaisir. Un Danny Lee qui va enregistrer un album en Belgique, un vrai clip à l’occidentale. Ça, ça me donne de l’espoir. Ils sont nombreux de l’autre côté qui se battent sincèrement pour le développement de la culture du hip hop ”. Comme dans un cri de victoire, il psalmodie : “ Ces gens là, quand tu les vois sortir, aller, venir, tu te dis, grand chose reste à venir. Rien n’est encore fait. ”

   Kaz Liman, qui ne manque jamais  de rappeller à ses frères d’armes que la vie est une vie de lutte, les invite :  “ à s’armer de courage. À patienter. À redoubler d’effort dans le travail,  le changement de mentalité pour avoir un comportement responsable. Et ça va aller  ”. Et à l’endroit des nigériens, pour qui lui et tous ceux de la génération consciente livrent ce combat qui vise un mieux-être et un meilleur devenir, il adresse ces paroles : “ aux nigériens, je demanderai qu’ils ne désespèrent pas de nous. Qu’ils sachent qu’on est en train de nous battre dans le travail pour donner le meilleur de nous, et que, dans cette voie, nous avons besoin de leur soutien  ”.

Bello Marka 

jeudi 31 janvier 2013

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