Malam Mamane Barka

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Par Webmaster  Publié le 16/08/2014
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Malam Mamane Barka est artiste musicien et auteur compositeur. Son but : révolutionner un instrument à corde « le biram » issu de la culture Boudouma dont il affirme non seulement l'avoir sauvé en 2002 sauvé la culture d’un peuple mais aussi en être le seul joueur depuis.

Malam Mamane Barka est artiste musicien et auteur compositeur. Son but : révolutionner un instrument à corde « le biram » issu de la culture Boudouma dont il affirme non seulement l'avoir sauvé en 2002 sauvé la culture d’un peuple mais aussi en être le seul joueur depuis.

C’est un instrument qui appartient aux pêcheurs Boudouma situés au bord du lac Tchad dans la zone nigérienne. Je l’ai découvert en 1998 lorsque j'ai été désigné par le ministère de la culture pour accompagner un professeur japonais qui voulait faire des recherches sur les musiques de l’ex kanem bornou, à l’extrême est du Niger au bord du lac.

Si Mamane Barka été choisi pour cette mission c’est parce qu’il a plusieurs atouts. Musicien, il est originaire de l’Est et parle le kanouri, la langue de cette région, ce qui lui a permis de servir d’intermédiaire entre les habitants de cette zone et le chercheur japonais qui parlait aussi le français. Lors de cette recherche, ils ont rencontré ensemble pour la première fois le dernier maître du biram, monsieur Boukar Tar.

Il nous a parlé du biram et de l’histoire du biram, qu’il était le dernier maître qui vivait encore, que cela faisait plus d’une décennie qu’il n’avait pas touché l’instrument.

Mais ce jour-là, du dessous de son lit, maître Tar sort son biram couvert de dix années de poussière, et se remet à jouer à la demande des visiteurs qui veulent enregistrer. C’est le même biram qui se trouve présentement au musée national Boubou Hama. Il est déposé dans ce pavillon d’instruments à corde avec l’accord de la famille Tar après le décès de ce dernier.

Aujourd’hui le seul biram qui est joué c’est le mien, confectionné par maître Tar. On peut peut-être en trouver de l’autre côté du lac, mais ce qui est sûr c'est qu' au Niger je suis le seul joueur et ça ne me fait pas du tout plaisir. C’est pourquoi j’ai commencé à donner des cours de biram au CFPM, malheureusement les jeunes ne sont pas intéressés, du coup j’ai dut arrêter. Les instruments traditionnels ne sont pas bien vus au Niger. Il n’y a pas une vraie politique pour faire consommer la culture nigérienne aux nigériens voilà pourquoi la musique nigérienne n’est pas appréciée par les jeunes.

J'ai appris qu’au Cameroun, vers le Tchad, il existe un petit instrument qui a 7 cordes. Le biram lui, en a 5 et chacune a un nom. La plus longue est le mari, la seconde la femme, les 3 autres leurs enfants. Ces noms représentent les notes de cet instrument. Le bois avec lequel il est fabriqué est sacré, même maître Tar n’en a pas connu. Il y a une seule famille de bucheron sculpteur et forgeron située sur une île du lac qui est autorisée selon certains rites à aller chercher ce bois pour la fabrication de la caisse dont la longueur peut atteindre 90 cm, le manche qui peut faire 1m20 et les réglettes du biram. Après la confection en bois, l’honneur revenait à maître Tar de couvrir la caisse avec la peau d’un veau qui, pendant le pâturage était resté constamment au milieu du troupeau, c'était à lui également de ficeler les cordes en nylons.

Autrefois les gens utilisaient les tendons d’animaux ou les fibres d’écorce tissées ou bien le crin de cheval tissé comme cordes.

Selon la légende, le biram appartient à un esprit appelé karguila qui se trouve au fin fond du lac Tchad. C’est ce génie qui a remis le tout premier biram au premier grand maître de l’histoire du biram.

Aujourd’hui c’est moi qui suis en train de faire la promotion du biram à travers le monde. Depuis 2006 tous les ans je voyage, j’ai des dates de tournée en Europe. J’ai joué au festival womad en Angleterre. En 2008 c’était à Londres avec l’agence de promotion world music. En 2012 j’ai remporté le trophée de meilleure musique endogène d’Afrique au festival Agira à Cotonou.  

Malam Barka ne se contente pas que de la musique pour attirer l’attention du nigérien vers une prise de conscience, cette année il a écrit un livre dans ce sens. Est-ce son instinct d’enseignant qui anime ce feu en lui ou bien est-ce pour agrandir la famille des écrivains ? L’un dans l’autre le vernissage de "chronique d’un voyage" dont la dédicace a déjà eu lieu sera pour bientôt.

C’est le hasard qui m’a fait écrire ce livre, je ne l’ai pas écrit pour devenir écrivain.

Je pense qu’il est important de fixer à l’esprit le présent pour que les générations à venir puissent trouver nos traces, et sur ce point le nigérien est faible. Il a un esprit passif, ce qui est passé hier n’est pas son problème, il ne veut pas penser au passé, c’est ça qui m’a inspiré à écrire ce livre. Pour moi il n’y a pas de transition entre ma carrière musicale et l’écriture de ce livre, je pense que ça rentre dans la carrière musicale. Ce livre parle d’un voyage, c’est comme un carnet de voyage. Je l’ai écrit pour permettre aux autres nigériens qui n’ont pas eu la chance d’aller en Europe de la découvrir un peu à travers mon livre. Je parle donc des blancs, de leur vie, de leurs cultures. 

Parlant du niveau de la musique nigérienne sur le plan international, de ce qui fait son blocage, de comment la faire propulser, Malam Barka donne ses appréciations point par point.

La musique nigérienne n’est pas inspirée de nos valeurs culturelles, c’est-à-dire qu'elle n’est pas une musique identitaire. Les jeunes n’ont plus d’engouement comme avant. Voyez-vous, aujourd’hui les Boureima Disco et les Mali Yaro ne participent plus au concours prix dan gourmou. Avez-vous constaté la racaille qu’il y a eu lors de la dernière édition?

L’Etat ne s’occupe plus de ce concours, l’organisation du prix dan gourmou est confié à la région de Tahoua, donc c'est à cette région de décider s’il se tiendra ou pas. Là on ne sait même pas combien de temps il faudral encore attendre pour la prochaine édition, ce concours est devenu irrégulier. Ils ont cassé le festival de la jeunesse pour confier tout ce qui est théâtre à Zinder, tout ce qui est ballet à Dosso et ainsi de suite pour les autres capitales de région.

La musique nigérienne ne franchit pas nos frontières parce qu’elle est faite pour être consommée localement. Sa qualité ne lui permet pas d’être compétitive à l’extérieur, c’est exactement comme le football nigérien. Comme on n’a pas d’écoles appropriées quel que soit le blanc qu’on va appeller comme sélectionneur, l’équipe nationale n’aura pas le niveau lui permettant d’être compétitive sur le plan international. La musique nigérienne aussi est telle.

Aujourd’hui le monde est devenu un village planétaire, pour gagner quelqu’un tu n’as pas besoin d’utiliser des armes à feu, impose lui juste ta culture. Malheureusement au Niger beaucoup de pays ont réussi à nous imposer les leurs de telle sorte qu’il faut vraiment une offensive politique pour pouvoir nous dégager de cet esclavagisme. On ne sait même pas à quoi ressemble le nigérien, notre identité est par terre. Pourtant dans les autres pays d’Est à l’Ouest en Afrique c’est-à-dire du Maghreb à l’Afrique du sud, de la corne de l’Afrique, du Soudan à l’Est jusqu’à l’Ouest dans les pays côtiers je n’ai pas vu un seul pays où les médias audiovisuels jouent autant de cultures étrangères que le Niger. Il n’y en a pas. Alors il faut une offensive politique afin de pouvoir régler ce problème.

Au Niger nous ne sommes pas nombreux à avoir des dates, et quand un artiste n’a pas de dates à l’extérieur chaque année je suis désolé. Mamar Kassey est notre ainé à avoir des dates, ensuite Etran Finatawa puis moi. Nous sommes trois a avoir réguliérement des dates à l'étranger. Tout dernièrement il y a Sogha qui a commencé à voyager un peu, Mali Yaro aussi était aux Etats-Unis à travers des petits contacts, il y a également Tal national qui était en Belgique à travers des petits contacts aussi, mais ce ne sont pas de grandes sorties genre professionnelles.

Pendant le régime militaire de 2010 Malam Barka faisait partie de la commission culturelle du conseil consultatif. Il affirme avoir proposé des bonnes idées qui par après sont fini dans les tiroirs. Elles sont oubliées.

Une fois j’ai avancé : « le Président de la République doit être le garant des valeurs culturelles nationales ». Je voulais qu’on mette ça dans les attributions du Président de la République. Au niveau de la commission tout le monde était d’accord avec cette idée, mais une fois à la plénière, ces mêmes politiciens qui nous gouvernent aujourd’hui, ont bloqué notre idée. Ce sont des analphabètes culturels. Les intellectuels nigériens, les politiciens nigériens tous sont des analphabètes culturels et nous sommes dirigés par des analphabètes culturels, de ce fait on continu dans cette désertification culturelle.      

propos recueillis par Walter Issaka

samedi 16 août 2014

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