CONIPRAT
Lutter contre l'excision

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Par Webmaster  Publié le 24/03/2015
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Mme Abdoulaye AMSOU est sage femme à la retraite. Aujourd’hui elle travaille dans une ONG appelée Comité Nigérien sur les Pratiques Traditionnelles ayant effet sur la Santé des Femmes et des Enfants (CONIPRAT) dont elle est la co-fondatrice et d’où elle occupe le poste de Secrétaire Exécutive. Cette ONG lutte contre les mutilations génitales féminines, l’une de ses principales stratégies est la reconversion des exciseuses.

L’origine de l’excision remonte à des milliers d’années, puisqu’il est dit que même sur des momies on a trouvé des traces d’excision. Mais chez certaines personnes c’est une tradition, une coutume. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS, il existe quatre types d’excision : le premier type est la forme la plus légère appelée sounna, où on enlève juste la peau du clitoris. Le type 2, la clitoridectomie, excise une partie du clitoris et une partie des petites lèvres. Le type 3 ou infibulation est la forme la plus sévère où on coupe tout le clitoris, toutes les petites lèvres et au moins les 2/3 antérieurs des grandes lèvres. Ensuite les 2 parties sont cousues pour ne laisser qu’une petite ouverture afin de permettre l’écoulement du sang menstruel et de l’urine. A chaque accouchement la suture du vagin est reprise. Ce type 3 n’est pas pratiqué au Niger. Le type 4 regroupe toutes les autres formes d’interventions sur l’organe génital externe de la femme tels que l’étirement du clitoris et ou des lèvres, la cautérisation par brûlure du clitoris et des tissus avoisinants, la perforation ou incision du clitoris, l’introduction de plantes dans le vagin pour resserrer ou rétrécir le vagin « Dangouria » en Haoussa ou « Habizé » en Zarma, « Tamari » en Kanuri. Cette pratique consiste à faire l’ablation des replis muqueux de l’hymen chez la nouvelle née, à élargir l’orifice vaginal afin de permettre l’acte sexuel chez la jeune mariée. Cette ppratique est effectuéeé par les hommes, les « Wanzam » ou barbier.

Les adeptes de toutes ces pratiques parlent de traditions et au-delà disent que c’est pour que la jeune fille ne soit pas tentée et pour qu’elle reste fidèle. Mais ils ignorent qu’en coupant l’organe le plus sensible qui est le clitoris ils réduisent la sensibilité de la femme et cela ammène la femme à penser que c’est son mari qui n’arrive pas à la satisfaire, du coup elle sera tentée de chercher ailleurs ne sachant pas que le problème vient d’elle. Ce métier d’exciseuse est souvent transmis de mère en fille. Quant aux hommes (les wanzam) ils pratiquent le dangouria, habizé ou tamari. Cette activité est une source de revenus, car une excision coûte entre 100 et 1 500 Fcfa plus des dons en nature (poulet, savon, etc). Dans le cas de dangouria, habizé ou tamari le montant varie de 500 à 15 000 Fcfa par acte ou des dons en nature (chameau, chèvre, etc.). L’excision se pratique entre 0 et 15 ans. Selon la région ou les coutumes, elle peut être pratiquée plus tôt ou plus tard. Par exemple les Peulh excisent leur fille entre 2 et 8 ans, les Gourmantché entre 10 et 15 ans, les Zarma-Songhaï entre 0 et 4 ans ou à 15 ans.

L’opération est pratiquée sans anesthésie sur les parties sensibles telles que le clitoris et les petites lèvres. L’artère clitoridienne qui irrigue les tissus est coupée et provoque des saignements abondants. Il ya aussi le risque de contamination au VIH/Sida et au tétanos par l’utilisation de matériel non aseptisé. Suite aux mouvements violents des victimes au cours de l’intervention, des lésions peuvent intervenir au niveau de l’urètre, de l’anus ou du vagin occasionnant parfois une fistule. A long terme pourront survenir des rapports sexuels douloureux, une formation de petites boules suites à une mauvaise cicatrisation, une stérilité par infection génitale chronique, des règles douloureuses, un travail prolongé et une expulsion difficile lors de l’accouchement entrainant souvent une fistule vésico-vaginale ou recto-vaginale. Au Niger ces pratiques sont appliquées chez les Peulh, les Gourmantché, les Zarma-Songhaï, les Kourtey, les Wogo, les Arabes (Mohamid et Ousta), les Kanuri (Tamari), les Haoussa (Dangouria). Dans la région de Tillabéry les zones concernées sont Say, Téra, Ayorou, Makalondi et Torodi. Dans la Communauté Urbaine de Niamey il y a Lamordé, Kosseye, Kirkissoye, Karadjé, Koubia, Gabougoura et Lossogoungou. A Diffa il y a N’Guigmi, Diffa, Maïné Soroa et Goudoumaria. Dans les régions de Maradi, Zinder et Dosso la pratique de dangouria ou habizé est courante.

Les couteaux et les lames de rasoir non aseptisés sont couramment utilisés. Très souvent les mêmes couteaux sont transmis de génération en génération. La pratique de l’excision détermine l’appartenance à un groupe, aussi il est considéré comme un sacrilège de ne pas s’y conformer. Dans certaines ethnies l’excision est présentée comme un passage obligé d’une classe d’âge inférieure à une classe supérieure. Une fille non excisée est sujette aux railleries et aura du mal à trouver un mari. L’Islam est souvent invoqué à tort pour défendre la pratique des mutilations génitales féminines. Selon les érudits il n’existe aucun texte islamique faisant de l’excision une exigence religieuse.

propos recueillis par Walter Issaka

mardi 24 mars 2015

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