Rencontre avec Seydou Boureima

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Par Webmaster  Publié le 27/08/2015
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La religion musulmane condamne la sculpture, ce qui fait que cet art ne marche pas bien au Niger, il est mal vu et le client se fait rare, témoigne Seydou Boureima alias Lossa qui exerce le métier de sculpteur depuis 1995. Le plâtre, le ciment et l’argile sont les matières qu’il utilise pour ce métier qui est pour lui un don.

 

J’ai appris tout seul ce métier. Ma première oeuvre a été une autruche à base de ciment. J’ai façonné d’abord le modèle avec du fil de fer, ensuite je l’ai renforcé avec du fil de fer plus fin, puis je l’ai couvert avec un mélange de terre et de ciment. Une fois devenu sec je l'ai finalisé avec les couleurs. J’ai gardé chez moi cette première réalisation comme décor.

Deux ans plus tard le musée national Boubou Hama lance un concours de sculpture pour representer 'Le cavalier de Boura' à base d'argile, une sculpture prehistorique representant un cheval et son cavalier decouverte il y a de nombreuses années sous la localité de Boura (region de Tera) par des chercheurs de lIRSH, mais Seydou est mis au courant seulement après la clôture du dépôt des candidatures. Hors concours, Seydou décide parallèlement de confectionner le sien mais, à base de ciment. L'IRSH paye ce monument pour un montant de 100 000 F.

Comme le cavalier, de nombreux autres objets d’art conçus par les forgerons d’autrefois ont fini par disparaître sous la terre avec le temps. Ce cheval était différent du cheval d’aujourd’hui. Il possédait une trompe comme celle de l’éléphant sauf qu’à la différence la trompe de ce cheval était toujours tendue car elle contenait un os. Cette sculpture retrouvée par les chercheurs se trouve présentement à l’IRSH.

En 2001 j’ai été approché par l’IRSH pour une conception de ‘Lucy’ qui, d’après l’histoire est le premier être humain sur terre dont les fossiles ont été découverts en Ethiopie. L’IRSH m’avait montré des photographies de cet être dans un livre et m’avait demandé de sculpter l’homme qui tenait un morceau de pierre (il chassait des rats), suite à cela le musée national m'a commandé la femme en train de cueillir des fruits. Elle mesurait 1m11. 

A l’occasion de l’une des fêtes du 14 Juillet organisée par l’Ambassade de France, un concours d’art plastique a été lancé. Les candidats étaient libres de choisir entre l’arbre du Ténéré, le sapin qui est l’arbre de Noël et l’arbre de la Liberté (farré-nia en langue zarma). La sculpture à base de fer de ce dernier se trouve présentement au milieu du rond point au quartier Liberté. Les 400 artistes enregistrés avaient également le choix concernant la matière à utiliser. Moi j’ai choisi de sculpter l’arbre du Ténéré à base de ciment, j’ai conçu celui de 1956 puisque c’était à cette année que l’arbre a été découvert. A cette époque il était dans son état naturel, touffu de ses feuilles vertes, il était beau. Ainsi, ma confection a remporté le 1er prix avec une enveloppe de 200 000 F, elle mesurait 90 cm de haut. Suite à cela l’Ambassadeur de France nous a demandé à moi et aux deux autres gagnants qui me secondaient de confectionner deux êtres humains à base d’argile. Un nigérien habillé d’un boubou, d’un bonnet et de chaussures en cuir et un français qui porte une veste, une chemise, une cravate et une paire de soulier. J’ai alors fabriqué les deux avec une taille de 90 cm chacun, satisfait l’Ambassadeur m’a remis une enveloppe de 250 000 F. Ces deux sculptures se trouvent présentement à l’Agence Française de Développement. Une autre fois, à la demande des étudiants j’ai sculpté un lion à la devanture du siège de l’USN (union des scolaires nigériens). Dans le même sens, pour embellir chacune de ses facultés, l’université ABDOU MOUMOUNI a lancé en 2012 un appel à candidature pour lequel mon dossierété retenu. L’avantage que j’avais eu sur les autres candidats était le fait d’avoir en ma possession un documentaire de moi réalisé en 2010 par la chaine Tal TV où j’étais filmé de chez moi au marché pour l’achat du matériel, puis du marché à chez moi pour la confection d’une lionne à la demande du réalisateur. Le tournage a duré 10 jours. 

C’était donc grâce à ce documentaire que j’ai  obtenu le contrat. J’ai d’abord commencé avec l’IRSH où j’ai sculpté à l’entrée un dinosaure de 5m. J'ai ensuite réalisé une girafe de 4 m de haut à la faculté d’agronomie, l’oiseau marabout mesurant 2m10 avec son livre posé sur un tronc d’arbre de 90 cm à l’ENS, à la faculté des sciences humaines j’ai conçu un éléphant en taille réelle, à la faculté des lettres un hippopotame de taille réelle, au niveau du FSEJ j’ai sculpté un aigle posé sur un tronc d’arbre tenant entre ses griffes un poisson, au niveau du CHU une raquette de tennis entourée d’un serpent de couleur rouge représentant la médecine, celui ci fait passer sa tête dans la raquette, cette même raquette est entourée d’un serpent de couleur verte symbolisant la pharmacie, posant sa tête en haut de la raquette, le tout mesure 6m de haut. Parmi tous ces monuments c’est le dinosaure qui m’a le plus fatigué, j’ai mis 2 mois pour le terminer. 

En 2005, afin d’obtenir le contrat de la mascotte symbolisant les 5ème Jeux de la francophonie tenus à Niamey, Seydou sculpte une maquette à base de ciment qu’il présente au responsable des Jeux sur instruction du Ministre, selon lui. La mascotte, l’un des plus grands dinosaures au monde dont le squelette se trouve aujourd’hui au musée national Boubou Hama de Niamey. Le responsable des Jeux promet alors de rappeler l’artiste, gardant ainsi avec lui sa maquette. Il ne sera jamais rappelé. 

A la veille des Jeux, à ma grande surprise j’ai reconnu ma maquette dans le journal N° 12 des 5ème Jeux sans que j'en sois informé. Cela m’a beaucoup affecté, j’étais déçu et découragé, je n’ai rien perçu comme droits. Voilà comment j’ai été remercié.

Une fois j’ai remis au Ministre de la culture une maquette à base de ciment de Boubou Hama sans rien recevoir en retour. Au même Ministre j’ai présenté une autre fois le monument à base de ciment du Général SEYNI KOUNTCHE en tenue militaire mesurant 1m65 que j’avais remis au Directeur du stade sur recommandation du Ministre. Encore une fois  je n’ai rien reçu en retour.

Je souhaite un jour sortir du Niger afin non seulement de découvrir d’autres monuments mais aussi de faire découvrir les miens.       

Propos receuillis par Walter Issaka

 

jeudi 27 août 2015

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