Mohamed Almoustapha

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Par Webmaster  Publié le 19/04/2013
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Mohamed Almoustapha est un dessinateur nigérien qui travaille à l’encre et au crayon. Il débute par les paysages avant de se spécialiser dans le portrait par passion pour la peau.

Comment es-tu devenu professionnel ?
Ma toute première bande dessinée s’intitule ‘Le jour le plus long’ inspirée d’une histoire vraie qui s’est passée durant  la deuxième guerre mondiale. C’est un blanc qui a eu cette idée et qui m’a demandé de la mettre en image mais malheureusement ce dernier a quitté le Niger sans me dire quoi que ce soit, ni me laisser son adresse alors que je ne l’avais même pas terminé. Finalement j’ai arrêté ce projet, je l’ai arrêté parce que c’était son idée à lui.
Je suis devenu réellement professionnel lorsque j’ai travaillé avec l’organisme GTZ. Au sein de cette institution se trouve une cellule chargée de l’éducation. Ensemble nous avons élaboré des dictionnaires pour enfants dans le cadre de l’éducation avec le concours des techniciens de l’INDRAP qui étaient chargés des textes. Moi j’avais  comme tâche de faire les illustrations. Ce sont des dictionnaires qui traduisent les mots français traduit dans toutes nos langues nationales.
Avec ce même organisme j’ai également élaboré des documents pour enfants : des livres de contes et des bandes dessinées afin de sensibiliser les enfants sur différents sujets.
En 2005 j’ai signé mon premier contrat de bande dessinée avec l’UNICEF. Il s’agissait de travailler sur le thème de la scolarisation de la jeune fille. Avec une équipe nous avons d’abord élaboré le story-board du scénario, c'est-à-dire le fait de partager le thème en plusieurs séquences, tableau par tableau comme on dit en cinéma. Ces différentes séquences facilitent la réalisation des dessins proprement dit. Cette bande dessinée s’intitule ‘Zara’, elle fait 32 pages et a pris un mois de réalisation.  Juste après j’ai signé un autre contrat avec Plan International pour la réalisation d’une autre bande dessinée appelée ‘Tchounkoussouma’, qui parle des maladies sexuellement transmissibles. Là aussi le travail s’est fait en équipe. Cette bande dessinée a franchit nos frontières.

De quelle équipe parles-tu ?
L’équipe avec laquelle j’ai réalisé ces bandes dessinées était l’association ‘ crayon des sables’. Nous étions au nombre de sept. Chacun avait sa spécialité, par exemple en story-board, en crayonner, en encrage, en couleur, etc. Moi je maitrise surtout le crayonner et l’encrage mais je pourrais tout faire seul aussi, sauf qu’en général les institutions ne donnent pas un tel contrat à une seule personne. Elles font toujours appel à une association pour la crédibilité du travail.

Pourquoi le portrait et surtout le rapport à la peau ?
Je suis intéressé par la peau parce que j’ai compris que bon nombre d’artistes n’arrivent pas à bien la dessiner, c’est pourquoi ils préfèrent l’habiller. Pourtant cette peau transmet des messages, elle parle d’elle-même. Mais comment est-ce qu’il faut comprendre ce langage ? Il faut cependant la voir s’exprimer, et comment ? Il y ‘a des dessinateurs spécialisés dans la nudité, mais moi compte tenu de ma culture je ne peux pas attaquer directement la nudité, je m’exprime quand même dans ce sens tout en couvrant légèrement mes dessins afin de pouvoir permettre à la peau de s’exprimer.
J’aime beaucoup le noir et blanc, il exprime la réalité dans un dessin. Avec le noir et blanc on peut aussi créer la couleur. J’ai peur de dessiner avec des couleurs parce que je ne les sens pas trop réelles. La peau il faut la voir vraiment en noir et blanc pour comprendre ce qu’elle dit. Aujourd’hui je travaille plus sur le réalisme.

Est-ce que tu es en train de dire que les artistes ont un problème de finition ?
Absolument. Je ne peux pas comprendre un artiste qui commence un dessin par les pieds et finit par la tête, c’est inconcevable. On commence toujours par la tête. Et généralement vous trouvez des dessinateurs qui n’arrivent pas à bien dessiner les pieds alors ils essaient toujours de placer un certain décor pour cacher les pieds ou bien ils chaussent le sujet et souvent ils enfoncent les pieds dans du sable ou carrément le sujet n’a pas de pieds. Voilà le dessin, il est bien fait mais il n’a pas de pieds, ce qui fait qu’ils échouent leurs sujets.
Personnellement, j’ai eu du mal à maitriser l’exactitude des pieds. Au fait il y a une certaine proportionnalité à respecter. Tant que vous dessinez de façon naïve vous raterez les pieds, mais si vous respectez les proportions c’est sûr vous réussiriez. Hélas, la plupart des artistes ne maitrisent pas cette technique.

Comment juge-t-on un dessin ?
Etant professionnel je juge un dessin par mes propres critiques. Il y a des heures qui se fixent dans chaque dessin. Exemple, présentement nous sommes à 15h, bon, moi j’essaie d’abord de localiser le temps qu’il fait dans le dessin. Si je dessine une personne, sur la peau on peut lire le temps qu’il fait. Par rapport au contraste, le soleil qui joue sur la peau je peux définir le moment qu’il fait exactement, sinon la saison ou bien le climat dans lequel le sujet est exposé.
Si le temps n’apparait pas le dessin ne se place pas sur votre papier, donc c’est une erreur monumentale, et les artistes en commettent beaucoup.

Comment lit-on le temps qu’il fait dans un dessin ?
C’est par rapport à la quantité de zones d’ombres sur le sujet qu’on arrive à lire le temps. Lorsqu’un dessin est fait le matin par exemple, si tu reprends le même dessin la nuit il y aura une grande différence. Si vous ne respectez pas les critères votre dessin va échouer et il sera mal placé sur votre papier, finalement ce n’est pas un bon dessin.
Quand j’imagine un dessin c’est à moi de placer mon sujet dans un temps qui lui convient, je lui donne un temps pour lui donner une réalité, pour pouvoir bien le placer sur mon papier. Je peux peut être le dessiner à 15h mais sur mon papier je le place à 20h par exemple alors qu’il fait nuit.
Présentement dès que je jette un coup d’œil sur un dessin je pourrais lire le temps qu’il fait dans ce dessin.

Que penses-tu du concours de logo lancé ce mois d’Avril par la haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HALCIA) ?
C’est une belle initiative, c’est motivant mais malheureusement ce genre de concours est toujours boycotté. En 2005 lors des 5èmejeux de la francophonie ils nous demandé de concevoir une mascotte symbolisant les jeux, un logo en quelque sorte. Moi j’ai conçu un chameau sur lequel est suspendu un sabre. Peu de temps après le dépôt de ma création au lieu indiqué j’ai été surpris d’apprendre et de constater que quelqu’un d’autre avait repris mon idée, il l’a juste un tout petit peu modifié et finalement c’est lui qui a remporté le prix, voilà le malheur qu’il y a dans ce genre de concours.
Je voulais poursuivre cette personne mais j’ai renoncé après, elle est plus influente que moi. Pour me faire calmer les organisateurs m’ont remercié d’un vulgaire prix et ont ainsi classé l’affaire. C’est malheureux.
Ce genre de pratique pourrait arriver aussi à ce concours lancé par HALCIA, parce que le problème se pose au niveau de la mentalité des nigériens et ce sont des nigériens qui s’occuperont de la sélection.
Le lauréat de ce concours bénéficiera de la somme de 1 000 000 Fcfa, le 2èmeprix gagnera la somme de 250 000 Fcfa et le 3ème150 000 Fcfa ; des sommes insignifiantes, c’est malheureux, c’est décourageant.

Quel est ton dernier mot ?
Je remercie d’abord Fofo magazine pour cette opportunité. Je pense qu’une porte vient de s’ouvrir pour moi suite à cet entretien. J’appelle les dessinateurs à redoubler leurs efforts afin de ne pas laisser tomber le dessin. Je pense qu’un jour les nigériens arriveront à comprendre l’importance du dessin.

vendredi 19 avril 2013

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