Hommage à la bibliothèque du CCFN (Centre Culturel Franco-Nigérien) de Zinder

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Par Bello Marka Publié le 20/01/2015
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Vendredi 16 janvier 2015. Il est quatorze heures presque. Une marche populaire a lieu après la prière du vendredi. Des manifestants prennent d’assaut le CCFN. Ils s’attaquent à la bibliothèque. Ils mettent le feu aux rayons. Alors commence la tragique consumation des livres dont certains sont vieux de quatre-vingt ans.

Le CCFN de Zinder dont le fonctionnement est régi par le ministère en charge de la Culture du Niger et le Service Culturel de l’Ambassade de France constitue, à n’en point douter, un des fleurons des structures culturelles du Niger. Parmi ses infrastructures, le centre dispose d’une bibliothèque dont la date de création remonte dans les années 1960. Celle-ci est divisée en deux : la bibliothèque adultes qui compte environ 14.000 ouvrages qui recouvrent différentes disciplines : généralité ; philosophie ; religion ; sciences sociales ; langage ; sciences pures ; sciences appliquées ; beaux-arts ; lettres ; histoire-géographie ; biographie. La bibliothèque jeunesse, pour sa part, compte environ 4.000 ouvrages.

La bibliothèque, pour son âge, pour le nombre de ses ouvrages et leur qualité, surtout pour leur diversité, est une référence. A tel point qu’il n’est point rare de voir des lecteurs ou des chercheurs venir d’autres régions pour consulter des ouvrages.

Pour les élèves instituteurs et ceux des écoles de santé, elle a toujours constitué un cadre prioritaire de recherche pour leurs mémoires de fin de cycle.

Elèves du primaire, collégiens, lycéens, étudiants, enseignants, professeurs, fonctionnaires, forces de défense et de sécurité, amateurs de lecture, venaient y trouver satisfaction. Plusieurs générations d’intellectuels et de fonctionnaires de la région de Zinder ont tourné la page de leur premier livre de lecture ou lu leur premier roman dans cette bibliothèque.

Devant les livres partis en fumées, des élèves venus témoigner leur compassion, n‘avaient pu s’empêcher de verser des larmes. « A présent, où est-ce que nous allons trouver les classiques africains inscrits dans notre programme et qu’il nous faut nécessairement lire ? » se demandaient certains. Pour beaucoup d’entre eux, dont les parents n’ont pas le pouvoir d’achat de manuels qui coûtent généralement chers, la bibliothèque constituait un recours providentiel. Pour y avoir accès, il suffisait juste de souscrire un abonnement annuel de mille francs qui leur donnait droit au prêt des ouvrages.  

Les quatre bibliothécaires  (Ali Ama, Ibrahim Abdou, Mamane Garba et Zeinabou Djibji) ne pouvaient taire leur émotion devant ce feu qui consumait, sous leurs yeux, ces ouvrages dont les liens si forts qui les reliait, au fil du temps, en avait fait presque leurs enfants. Tout le personnel du Centre culturel, avec aux devants le directeur, monsieur Bawa entièrement bouleversé, ainsi que les agents de sécurité, avaient assisté, impuissants, à cette brutale destruction de ces trésors de connaissance. Pendant des heures, avant que le feu ne se propage véritablement, ils avaient attendu de voir les secours venir des pompiers.   

Avec ce patrimoine culturel qui part en fumée, la perte est immense. D’abord pour Zinder. Pour la mémoire collective effacée. Pour l’accès à la connaissance de ses populations. Sans différence. Pour leur culture, leur émancipation, leur mieux-être. Aucune société, aujourd’hui, ne peut prétendre aspirer à un développement durable et au bien-être de ses membres sans s’appuyer sur le pilier de la connaissance.         Et ce qui rend cette perte plus grave encore, c’est que, jamais, tous ces livres rassemblés sur ces rayons, ne sauraient de nouveau être réunis en ces mêmes espaces.

Qui a perdu ? Aussi dommage que cela puisse l’être, la perte est pour nous, populations de Zinder. Car cette bibliothèque est un bien commun qui profite d’abord, au-delà de ceux qui en ont construit l’édifice et qui en entretiennent les fonds, à ceux qui en sont les usagers. A travers sa perte, c’est notre communauté qui perd un bien précieux. Et les conséquences directes de cette perte, nous allons tous les ressentir, plus encore, les vivre, inévitablement, d’une façon ou d’une autre.

Depuis le sinistre, ce sont des foules entières qui viennent adresser leurs mots de compassion, telles des condoléances, au personnel. D’abord aux bibliothécaires. Hagards, brutalement arrachés de leur univers, comme dans un cauchemar, ils rodent entre les allées, où sur les étagères, à la place des livres qu’ils ont tant de fois si soigneusement essuyés et rangés sur les rayons, et qui exhalent ce doux parfum de papier, s’alignent tristement des paquets de cendre qui sentent le roussis.

Bibliothèque, veille en nous, à qui tu manques, dans la paix !

Bello Marka

mardi 20 janvier 2015

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Commentaires

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Par Boitier Pierre le 30/09/2015
J'ai dirigé ce centre de 1992 à 1997, j'ai vue le reportage des événements et les photos et cela m'a attristé et révolté. De tout coeur avec vous tous pour remettre cette bibliothèque à la disposition des Zindérois.Saluez pour moi, à Ali AMA, Maman Garba et à tous les autres Merci
Par kyr le 20/01/2015
Pourriez-vous nous donner un contact pour que nous envoyions des livres ?

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