Inedit de Boubou Hama "Les enseignements de mon action politique" par Moumouni Farmo

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Par Webmaster  Publié le 03/08/2018
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Par son œuvre, l’homme vainc la mort, il vit dans la mémoire des vivants. Boubou Hama, de son vivant, par son œuvre immense et protéiforme, avait déjà préparé son séjour dans la mémoire de ceux- au Niger, en Afrique, et de par le monde - qu’il a quittés en 1982. Mais à cette date fatidique, son œuvre n’était pas terminée, des manuscrits inédits trainaient dans la négligence et l’ignorance en des endroits divers.

En 1993, alors qu’ils étaient sur le point d’être détruits, je réussis à sauver ses carnets de prison : « L’itinéraire de l’homme et du militant » que je publiais à Montréal, aux éditions Hurtubise. A cette œuvre posthume, vient s’ajouter une autre : « Les enseignements de mon action politique », un manuscrit découvert par Ibrahim, mon frère cadet, au fond d’une malle. Ce texte – contrairement aux habitudes de l’auteur – n’a pas été daté de sa main. Il a été certainement produit entre 1975 et 1982, mais le lieu de sa production reste incertain. A Agadez comme « L’itinéraire de l’homme et du militant » ou à Niamey ? Je ne saurai le dire.

Le sort de tout texte est d’être lu. « Les enseignements de mon action politique » de Boubou Hama, attendait d’être lu depuis plusieurs décennies. Son heure est arrivé.

Voici donc pour lecture le premier fragment du texte de Boubou Hama.  Je sortais de l’école normale William Ponty au mois de Juin 1929. Je prenais mon service d’instituteur auxiliaire du cadre secondaire de l’AOF le 11 septembre 1929. Je rencontrai la réalité du métier avec 95 élèves, tous nouvellement recrutés et entassés dans une seule classe sur de bancs de fortune. C’était comme cela et non autrement. On n’avait pas le droit de se plaindre, car c’était faire montre d’esprit sénégalais, c’est-à-dire, preuve de mauvais esprit. La règle du milieu prévalut, je m’y conformai. Je me tus. Je me débrouillai. Je travaillai tant et si bien qu’à la fin de l’année scolaire je parvins à faire passer à la classe supérieure, le cours préparatoire deuxième année, 65 élèves sur 95 initialement recrutés. Je les suivis sans grande perte au cours élémentaire première année, puis à la deuxième année de cours qui préparait les élèves au cours moyen qui comportait lui aussi, deux classes, la dernière préparant les élèves au certificat d’études primaires indigènes. En plus de mon travail déjà harassant j’étais, de fait, astreint, à d’autres corvées, car il manquait de cadres indigènes, particulièrement au Niger où, provenant de la Haute Volta, je me trouvais être le premier instituteur originaire du pays parmi les huit que comptait la colonie. Le logement était sommaire. Au début, une case ronde au toit de chaume. Le sol, non battu, était du sable fin, gîte préféré des puces. Le lit, en bois, lui aussi, était un repaire pour les punaises. Mais, j’étais célibataire et je consacrai le plus clair de mon temps : - au cours du soir pour les adultes fonctionnaires ou pas qui voulaient améliorer leurs connaissances ;

à des cours après les heures de classe que je donnais à un jeune européen Roger et à un vétérinaire russe qui ne comprenait pas un mot de français ;

à un travail supplémentaire que je fournissais chaque jeudi sous les ordres du commandant Rottier qui m’avait confié la conversation des dossiers des goumiers, surtout, chargés de la surveillance de Sahara Nigérien.

Avec tout cela, prenant sur mon temps de sommeil, je suivais régulièrement, par correspondance, des cours à l’Ecole Universelle en vue de ma préparation éventuelle au Brevet Supérieur.

Comme si tout cela ne suffisait pas, on m’avait confié le billetage de tout le service de l’enseignement de Niamey avec toute la responsabilité sérieuse que comportait l’opération avec les pertes d’argent possibles par erreur ou par vol. quelques mois après, en Janvier 1930, je me mariai et je dus quitter ma maison de chaume pour une case en banco que je louai pour 20 francs par mois, une grosse somme pour l’époque. Je gagnais 550 francs par mois et je dépensais, en tout et pour tout, 105 pour l’entretien de ma famille. Mon Directeur, Monsieur Montauriol, un européen, un instituteur principal des classes exceptionnelles qui gagnait beaucoup, le chiffre m’est resté dans la tête, avait, par mois, exactement, 1333,33 francs, arrondi, 1333,35 francs. Ce passé comparé à notre présent actuel est plein d’enseignement utiles. C’est la raison pour laquelle, j’en donne une séquence.

Enfin, la vie continua son cours. Les maitres européens se succédèrent à la direction de l’école régionale. Cependant, un jour vint à la direction un jeune maitre, forcément, un européen, Verdier. Il était plein de l’ardeur de son âge. Suffisant à ses heures, peut-être, il ne supportait pas  la contradiction de la part d’un nègre. Cela ressemblait un peu à cela. Peut-être ce n’était pas sûr. Je me trompais peut être. Cela se passait en 1935. Un jour de cette année-là, mon jeune Directeur me dit un peu gêné : « Ne croyez-vous pas, qu’avec votre désir d’indépendance vous devez être votre seul maitre ? Que direz-vous d’un poste de Directeur à Tillabéry. Je ne répondis pas, car je sentis par avance, à cause de mon caractère, que je ne ferai pas facilement bon ménage avec les interprètes, les cuisiniers du commandant et toute la mafia, qu’ils entretenaient. Mais, deux jours après une décision du Lieutenant-Gouverneur du Niger sortit qui m’affectait à Tillabéry. Tout le monde sait comment je m’y suis rendu et comment de cette localité, finalement, on me réaffecta a Niamey pour une raison politique. Le problème est connu. Mais, ce qui l’est moins, c’est après Foneko, mes séjours à Dori, à Ouagadougou, à Bamako, à Dakar, à Gorée, l’occasion qui m’a été offerte de saisir sur le vif l’arbitraire colonial au ras du sol sur les masses paysannes, de voir de plus près comment ces dernières étaient pillées par les interprètes, les cuisiniers, les moussos des commandants et les chefs de cantons, par les « annasaara bande borey », les gens des blancs, leur serviteurs noirs, leur auxiliaires avides, souvent, très cruels.

Walter Issaka

vendredi 3 août 2018

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