Bahari : l’art d’être peintre Imprimer
1/3/2013 10:29:32 AM - Publié par fofo_mag@yahoo.fr  


Boukari Mamadou, dit Bahari est peintre. Il fait partie de cette poignée d’artistes qui ont décidé de relever le défi titanesque de vivre de leur art. Ayant passé, à son enfance, par l’école à la BD des Lucky Luke et autres Gaston Lagaffe, le gaffeur sachant gaffer, rencontrés à la bibliothèque du CCFN (Centre Culturel Franco Nigérien) de Zinder, Bahari s’est mis au pinceau avec des dessins que beaucoup de jeunes s’arrachaient pour décorer leurs chambres. Né en 1960 à Kountarou, une commune rurale du département de Mirriah, dans la région de Zinder, ce dessinateur, illustrateur et peintre, marié et père de huit enfants, travaille comme illustrateur pour le compte du service de l’alphabétisation à l’imprimerie régionale de Zinder qui, hélas, est à l’arrêt depuis que ses machines, devenues trop vieilles, sont tombées en panne.


                                                                                                                  



Sa véritable saga artistique commence dans les années 1980. « Tout est parti d’une exposition que j’ai faite au CCFN de Zinder », dit Bahari. Et depuis, c’est pour cet artiste, un voyage perpétuel dans un univers étoilé de toiles, d’illustrations d’albums de jeunesse et de rencontres de travail ou d’échanges durant lesquelles il n’est question que de dessin et de peinture.           



« Au début, mon style s’inscrivait dans une approche du réalisme »,  explique-t-il. Mais, au fil du temps, avec les rencontres et les échanges, et le contact avec les différents courants de l’art, sa peinture a subi une influence du contemporain et de l’abstrait. Dans son atelier situé tout au fond de sa concession, et qui lui tient également lieu de galerie, le peintre mélange peinture, gouache, encre, teinture, argile, et utilise peau, sac en jute, tissu, brindilles, mousse naturelle, et divers matériaux locaux pour faire du collage.



« Dans notre travail de peintres, reconnaît-il, les expositions sont au cœur de nos activités, car elles nous permettent à la fois de donner de la visiblitité à notre travail, mais aussi de vendre nos toiles pour pouvoir vivre de notre art ». Et, Bahari se souvient d’avoir organisé, rien qu’à titre individuel, pas moins de dix expositions tant au CCFN et au Club privé de Zinder, qu’au CCFN de Niamey. Pour les expositions collectives, elles sont au nombre de six. Pour parler des expositions faites à l’étranger, il en compte une en 1995 à Niort ; une en 2005 à Limoges et une en 2009 au val de Marnes en France.



Dans le cadre de son travail d’illustrateur, il a illustré de nombreux recueils de poésie et de contes. Il a également travaillé avec 2PEB (Programme Education de Base 2) dont les activités s’inscrivent dans une stratégie de promotion des langues nationales, pour illustrer des albums jeunesse comme Karami et le cerceau, le berger peulh et ses jumelles, la fille de l’arc-en-ciel, et le trésor de Raicha, dans la collection Hirondelles, aux éditions Albassa.



Autodidacte, Bahari qui a suivi des stages et des ateliers en peinture, en Bande Dessinée et en illustration d’album jeunesse, a tenu à partager ses connaissances et à initier la jeune génération à son art. Ainsi, avec l’appui du CCFN, il a animé, pendant un an, au village des artistes du Centre d’Enseignement du Français de Zinder, un atelier d’initiation au dessin et à la peinture. Les toiles et autres productions de cet atelier, à la bonne heure, ont été rachetées par la directrice du CCFN de Zinder pour être offertes à des enfants, au grand bien de ces derniers, mais aussi de tous les jeunes peintres et dessinateurs en herbe qui, ainsi, ont commencé déjà à goûter du fruit de leur art.



Plusieurs fois lauréat lors de concours de dessin, de BD et de peinture, il ne manque pas d’évoquer les difficultés qu’il rencontre en tant que peintre qui ne compte pas sur l’appui –indisponibled’ailleurs- du ministère de la culture   : « l’expo est notre point fort. En dehors d’elle, il n’y a pas d’achat de toiles. Nos principaux acheteurs sont les expatriés. Or voici plus de quatre ans qu’on n’en trouve plus ». Bien qu’avec la semaine de la BD à laquelle il vient d’assister au CCFN de Niamey, il espère une providentielle ouverture, il ne se fait pas trop d’illusion : « Nous avons vu tellement de bureaucrates qui nous ont promis monts et merveilles. Jusqu’à présent leurs beaux discours restent lettre morte dans les tiroirs du ministère ». 



À la question de savoir quel conseil il pourrait éventuellement donner aux jeunes qui voudraient explorer ce côté de l’art pour en faire leur gagne-pain, Bahari, qui connaît la situation précaire dans laquelle vivent la plupart des artistes nigériens, est réservé. « Aux jeunes artistes ? Je leur conseillerais de regarder la situation de l’artiste au Niger, et de refléchir, avant de faire leur choix pour une carrière pleine ou simplement pour une activité de complément !  ».



Bello Marka



 



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